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La semaine où Charlie-Hebdo est devenu le Journal Officiel...

1/11/2015

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12 morts le 7 janvier 2015, dont l'essentiel de la rédaction de Charlie Hebdo. Des « cibles » selon les terroristes. De manière coordonnée, une policière tuée, 4 morts deux jours plus tard dans une épicerie casher. 17 décès au total. La manière, les raisons, le nombre, l'endroit où cela s'est passé, cette ville de Paris que j'aime tant et où j'écris ces lignes, cette ville qui est d'une manière ou d'une autre un peu « notre ville », tout cela fait du 7 janvier 2015 la date d'un basculement irréversible. On sait que l'horreur s'est produite quasi sous nos yeux et rien ne l'effacera.
Un événement historique s'est produit, dont l'onde de choc se fait ressentir jusque Bruxelles, où je ne fus pas le seul à avoir les yeux embrumés, à avoir besoin de parler à des proches, tout de suite, à souffrir, à me dire que c'est forcément un cauchemar, à avoir besoin de serrer fort les copains que je croisais aux rassemblements, devant l'ambassade de France ou place du Luxembourg.
Le « Grand Duduche » qui était en moi...

Au delà de l'émotion face au déferlement de la barbarie, il y a les raisons personnelles d'être infiniment triste. J'ai toujours eu des dessins de Wolinksi sous la main, et il m'a toujours fait pisser de rire. Hier, j'ai acheté le « Canard Enchaîné », dont je suis un lecteur occasionnel, où je savais que je trouverais les derniers dessins de Cabu, le dernier strip de « Mon beauf' ». L'émotion me submerge à ré-entendre les interventions de ce magnifique esprit, libre et probe, qu'était Bernard Maris, dont les écrits ont affûté mon esprit critique en matière économique. Quelle tendresse, quelle bonté dans les intonations et dans ce qui sous-tendait les motivations de ses travaux ! Comment se remettre du point final mis à ces intelligences, à ces sensibilités, par deux terroristes tout droit sortis de l'enfer ? Cela fut et rien, jamais, ne pourra l'effacer.
J'entends encore ma mère qui m'appelait parfois « Grand Duduche » lorsque j'étais gamin. C'est sur ça aussi qu'ils ont fait un carton.
Je ne suis pas Charlie, c'est un problème ?
Impossible de s'ouvrir à un média ou de consulter un réseau social sans être englouti par une avalanche de soutiens, symbolisés par « Je suis Charlie », au nom de la défense de la liberté d'expression. Si le ralliement à un slogan clair s'explique par l'intensité de l'émotion collective, il faut en sortir rapidement. Faute de quoi, sous couvert d'union, le slogan « Je suis Charlie » deviendra porteur de fracture : si tu n'es pas Charlie, tu es contre nous.
Je ne suis pas Charlie. Je ne l'ai jamais été et me transformer en Charlie-de-la-25ème-heure serait ignominieux pour les morts et irrespectueux pour qui je suis : je n'ai pas aimé la tournure que prenait l'affaire des caricatures, je n'aime pas Caroline Fourest et la seule chose qui m'inspire le respect plutôt que le dégoût chez Philippe Val, c'est la sincérité de son chagrin.
La confusion s'installe entre la condamnation d'un assassinat et les positions de la victime : serions-nous forcés d'adorer Zemmour, Le Pen ou Destexhe s'ils étaient les victimes ?
Cabu, Wolinski auraient-ils été heureux d'être ainsi consacrés, sanctifiés ? Ou bien se prennent-ils en pleine tronche, comme un balle de Kalachnikov qui ricoche, l'expression « C'est dur d'être aimé par des cons ? »
La liberté d'expression, version officielle
« Charlie », c'est un journal dont des terroristes souhaitent la disparition par tous les moyens. C'est également une entreprise privée, une manière de voir la société qui ne fait pas et ne veut pas faire l'unanimité. Alors, entendre le Premier Ministre Manuel Valls déclarer, au nom de la défense de la liberté d'expression, « Nous sommes tous des Charlie » me plonge dans un abîme de perplexité.
Quelle curieuse conception de la liberté d'expression que de faire d'un de ses usages la parole officielle !
Au delà, toutes les interventions entendues à la radio, quel que soit le sujet, commençaient et se terminaient par « Je suis Charlie », expression devenue LA condition nécessaire de l'accès aux médias.
Charlie-Hebdo serait l'étalon-mètre, le parangon de la liberté d'expression, le Journal Officiel. Est-ce que le licenciement pour « antisémitisme » du dessinateur Siné par l'alors directeur de Charlie-Hebdo, Philippe Val, vaut définition d'antisémitisme, alors que ce licenciement fut en son temps jugé abusif ?
Est-ce que le même Philippe Val, devenu directeur de France Inter, va ré-intégrer les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte, après avoir été (encore) condamné pour leur licenciement abusif parce qu'ils avaient un peu trop usé de leur liberté d'expression ?
Cet unanimisme contredit la liberté d'expression dont il se veut porteur et n'est pas acceptable. Il met de notre côté des chefs de gouvernement massacreurs officiels dans leurs pays. Je respecte le chagrin de Philippe Val, mais cela ne me fait pas partager sa définition de la liberté d'expression. Je n'ai rien de commun avec Sarkozy qui a en son temps tenté de récupérer à des fins personnelles des événements semblables lors de l'affaire Merah. Et je suis consterné et au comble de l'angoisse d'entendre sur le même plateau radio des représentants du Parti Socialiste, de l'UMP et du Front National « sommés » d'unir la classe politique pour traiter ces massacres. Comment ne pas voir le piège mortel pour la démocratie que constitue cette introduction du serpent dans la bergerie ? Comment ne pas réaliser que certains font leur miel de ces événements et que rien ne justifie de banaliser la manière dont ils sèment la haine, l'exclusion et la lutte de tous contre chacun ?
Enrayer les Kalachnikov
Tout cela accrédite l'idée qu'il existerait des « braves gens » d'un côté et « le mal » de l'autre et il suffirait de protéger les premiers du second.
Quant à moi, je crois, après Freud, que nous sommes animés de pulsions de vie et de pulsions de mort et que nous sommes tous capables d'en faire sévèrement baver à notre prochain, avec une probabilité qui évolue au gré des circonstances.
La seule possibilité de diminuer cette probabilité est de montrer que, quoi qu'il arrive, nous pourrons toujours faire société, nous parler, nous comprendre plutôt que de nous laisser mener dans la propagation de la violence, l'incompréhension, la suspicion. Enrayer les conséquences des Kalachnikov, c'est enrayer la Kalachnikov elle-même.
Il nous faut apprendre à ne pas être d'accord en nous respectant, c'est-à-dire précisément le contraire d'une parole officielle, unanime.
Apprendre à ne pas être d'accord est exigeant et n'est absolument pas rentable médiatiquement : cela éloigne les foules qui applaudissent, qui se lèvent comme un seul homme, éventuellement prêtes à mener une guerre sainte. Mais ça permet de ne pas se tirer dessus, et ça permet de s'exprimer librement et avec probité.
La liberté d'expression doit rester ou redevenir un droit démocratique librement consenti. Cela requiert que, collectivement, nous construisions les manières de poser un débat. Apprendre à ne pas être d'accord, c'est accepter le dialogue entre personnes qui pensent que blasphémer est un droit et personnes que cela choque voire pour qui ça devrait être interdit. Attention ! Je ne parle pas ici de loi, qui est la trame de fond de notre société, ce à quoi on a recours lorsque le dialogue n'est plus possible. Je parle précisément de pouvoir mener un débat sans avoir sous le coude le code civil et le code pénal. Il n'est pas tolérable de remettre en cause la liberté d'expression que la loi dit vouloir garantir, mais on n'en sortira pas sans observer que, d'une manière générale, cette loi a plutôt tendance à consacrer les rapports de domination existants, qui, eux aussi, empêchent la pleine liberté d'expression.



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Le jour d'après, journée de merde

1/10/2015

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PhotoDessin extrait du site "Atelier vélo participatif de Bayonne" http://txirrindola.org/
Ainsi donc, il aura fallu se lever, en ce 8 janvier 2015. Cette année, comme toutes les années, le 8 janvier tombe après le 7. Sauf qu'en 2015, la quasi totalité de la rédaction d'un journal a été exterminée le 7 janvier.
Difficile, donc, de se coucher tôt le 7 janvier. Par contre, le 8, en raison d'une obligation professionnelle, je me suis levé à 5h 30, une heure plus tôt que d'habitude.
C'est donc mort crevé que je m'en fus de chez moi, à 8h 20 du matin, la tête et le cœur remplis de chagrin, dans le froid et la pénombre, sous une petite pluie fine particulièrement merdique, sur mon vélo, comme chaque jour.
J'avais fait vingt mètres que, comme souvent, un connard avec sa bagnole pourrie fait mine de quitter sa place de stationnement , comme si je n'étais pas là. Je crie une première fois. Il continue. Deuxième avertissement. Il fait mine de carrément faire demi-tour. Comme je suis à son niveau, s'il avance, pour moi, c'est l'hosto direct. Je hurle. Il s'arrête, lève la main pour montrer qu'il est désolé. Je poursuis.
Connard.
Je fais vingt mètres, je me retourne. Il est toujours là.
Je me dis que c'est trop con.
Je mets pied à terre, fais demi-tour, enlève mon gant droit. Je me dirige vers lui. Il sort de sa voiture.
Je lui tends la main. Il ouvre ses bras. Je suis totalement ridicule, avec mon casque de vélo, un bandeau dessous pour me protéger les oreilles qui transforme le casque en haut-de-forme, le guidon de mon vélo dans une main.
Nous nous embrassons, en pleine rue, presque devant chez moi, sous ce crachin dégueulasse.
« Je suis désolé d'avoir crié, j'ai eu peur ».
« Excusez-moi, j'ai été distrait ».
Il se frappe le cœur avec le plat de la main droit, comme le font les musulmans.
Je suis heureux, parce que nous sommes le lendemain du 7 janvier 2015, je suis heureux d'être vivant, je suis heureux de tenir dans mes bras un brave type un peu distrait, pas un connard.

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